L'urbanisme peut-il être bon pour la santé ?

L’environnement urbain peut-il influencer les comportements de santé de ses habitants ? Des études montrent que les individus qui vivent dans un environnement socio-économique difficile adoptent plus fréquemment des comportements préjudiciables à leur santé que les personnes de statuts socio-économiques plus élevés [1]. Ce phénomène participe à creuser l’écart d’espérance de vie qui peut exister entre différents quartiers plus ou moins favorisés d’une même ville. Par exemple, à Newcastle en Angleterre, il existe un écart d’espérance de vie de 12 ans entre les habitants des quartiers les plus pauvres, et ceux des quartiers les plus riches [2] !

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Face à de tels enjeux de santé publique, de nombreuses recherches ont été menées pour tenter de comprendre pourquoi les individus qui font face aux conditions de vie les plus difficiles semblent investir moins d’effort dans leur santé future, alors que leur état de santé est déjà vulnérable du fait de leur situation. Une partie de l’explication réside dans le fait que certains comportements bénéfiques pour la santé sont inaccessibles aux populations précaires car ils sont coûteux, comme le fait de manger plus sainement par exemple.

Pour s’affranchir de cet aspect financier, les études se sont concentrées sur des comportements qui profitent à la santé mais pour lesquels l’argent ne constitue pas un frein. Plus précisément, elles se sont intéressées à un comportement de santé qui permet même de faire des économies : l’arrêt du tabagisme. Si des efforts sont investis dans la santé et que le tabagisme est stoppé, alors la santé est favorisée et des économies sont réalisées. Une telle attitude paraîtrait donc avantageuse, à une condition cruciale près : investir dans sa santé future est pertinent si l’on pense vivre assez longtemps pour pouvoir profiter de tels efforts.

De fait, une étude parue récemment suggère que les individus ayant un statut socio-économique bas investissent peu dans leur santé car ils perçoivent leur risque de mourir comme étant plus élevé, notamment du fait de la précarité de l’environnement dans lequel ils vivent (logements dangereux, insalubres, quartiers défavorisés, violence, pollution) [1,3]. Ils adopteraient alors un mode de vie orienté vers le présent, au détriment de comportements orientés vers le futur, puisque leur avenir leur paraît incertain. Si l’on reprend l’exemple du tabagisme, arrêter de fumer est un investissement intéressant si l’on pense pouvoir profiter des retombées bénéfiques sur sa santé, mais si le risque perçu de mourir tôt est élevé, alors on peut facilement imaginer qu’arrêter de fumer devient une préoccupation accessoire.

Si la précarité de l’environnement urbain renforce l’impression de risque pour la survie dans les quartiers défavorisés, alors la planification urbaine peut apporter des solutions en agissant directement sur cet environnement. Cette hypothèse a été testée à Newcastle lors de la réhabilitation d’un quartier de la ville, qui a notamment consisté à ajouter des lumières et des espaces piétons dans les rues, ou encore à rénover des habitations insalubres [4]. Avant et après les travaux, les chercheurs ont récolté des données auprès des habitants, relatives à leur niveau de bien-être et leurs comportements sanitaires. Cette recherche sur le terrain a alors montré qu’après avoir réduit l’hostilité de l’environnement en réaménageant l’espace urbain, les habitants rapportaient une augmentation de leur bien-être après l’intervention, ainsi qu’une forte diminution du … tabagisme ! Ainsi, ces données suggèrent qu’en diminuant la précarité urbaine, les habitants investiraient davantage d’efforts dans leur bien-être futur. Un tel résultat montre qu’agir sur la ville pourrait ainsi réellement influencer les comportements sanitaires des habitants qui y vivent, et suggère l’ampleur du potentiel de la rencontre des sciences cognitives et de l’urbanisme.

Chez [S]CITY, nous pensons qu’intégrer les résultats de la recherche sur le comportement humain à ces problématiques sociétales et environnementales revêt un enjeu crucial pour penser la ville de demain.

 

 Emma et la [S]CITeam

 

Références :

[1] Pepper, G. V., & Nettle, D. (2017). The behavioural constellation of deprivation: causes and consequences. Behavioral and Brain Sciences, 40.

[2] Health Profile 2017 - Newcastle upon Tyne - Public Health England

[3] Pepper, G. V., & Nettle, D. (2014). Perceived extrinsic mortality risk and reported effort in looking after health. Human Nature, 25(3), 378-392.

[4] Blackman, T., Harvey, J., Lawrence, M., & Simon, A. (2001). Neighbourhood renewal and health: evidence from a local case study. Health & place, 7(2), 93-103.

[S]CITY Team